Maintes fois les Rois de France, leurs vassaux et leurs alliés ont tentés de se rendre maître de la Comté de Bourgogne. Et l’actuelle Franche-Comté garde encore des traces matérielles et immatérielles des batailles et guerres qui s’en sont suivies.

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La guerre de Dix Ans

Première moitié du XVIIème siècle, l’Europe est ravagée par une guerre aux causes multiples, sur fond de conflits entre Protestants et Catholiques : la guerre de Trente Ans. La France est du côté des Réformés, la Franche-Comté, fidèle à l’Espagne, dans l’autre camp.

Louis XIII, allié aux Suédois, décide d’ouvrir un front dans le Comté de Bourgogne, déclenchant un épisode des plus sanglants de l’affrontement qui restera sous le nom de guerre de Dix Ans (1634-1644). Un désastre qui fera perdre à la Franche-Comté entre la moitié et les deux-tiers de sa population, victime d’exactions qui, même selon les critères moraux de l’époque, furent abominables.

siège de Dole 1636 fortifications Dole suicide planche des Belles Filles miracle de Marnay

– les défenses de Dole

C’est sur et sous les murailles protégeant Dole que va se dérouler, en 1636, un épisode (peut-être légendaire) qui restera à la postérité. Les Français font le siège de la capitale comtoise et, ne voyant pas poindre la moindre velléité de reddition, s’agacent. L’un d’entre eux, sans doute un officier, hurle alors vers les remparts : « Comtois, rends-toi ! ». Les défenseurs de la ville répondent alors en chœur : « nenni ma foi ! ». Etonné de la réponse collective, le Français s’énerve et demande « mais qui est donc votre chef ? ». Les Comtois répondent alors de concert » nous sommes tous chefs ! ».

– la Planche des Belles Filles

C’est aussi durant la guerre de Dix Ans que prit naissance la légende des Belles-Filles. Alors que les Suédois, alliés du Roi de France, ravageaient les Vosges saônoises, les hommes décidèrent de résister et demandèrent à Inès, une jeune femme à la beauté incroyable, de guider femmes et enfants sur la hauteurs, à l’abri des exactions. Las, les Suédois trouvèrent des traces dans la neige et se mirent en chasse des réfugiées. Ces dernières, plutôt que d’être violées et assassinées, préférèrent sauter dans l’étang et se noyèrent. Un soldat suédois leur rendit hommage en gravant sur une planche de bois un épitaphe pour les noyées. Ainsi fut nommé cet endroit, désormais haut-lieu du Tour de France, la Planche des Belles-Filles.

– le miracle de Marnay

Durant la même guerre, les Suédois (il est sans doute plus commode aujourd’hui d’attribuer les exactions à ces derniers qu’aux troupes françaises d’alors), firent le siège de Marnay, au bord de l’Ognon (juin 1637). Face à la résistance des bourgeois, ils mirent le feu à la cité, ses habitants se réfugiant dans le château. Là, un tableau de la Vierge, reposant dans la chapelle de l’hôpital, s’échappa miraculeusement des flammes et rejoignit le château. Une plaque est encore visible dans l’église de Marnay, commémorant le miracle.

les guerres et la conquête du Roi Soleil

Loin d’oublier les échecs de son père et de son grand-père en Comté de Bourgogne, Louis XIV se rendra finalement maître de la province en 1674, avant d’en devenir le souverain légal en 1678 (lire notre article). Mais le Roi Soleil s’y reprit à deux fois : si la première victoire en Franche-Comté (1668) lui fut aisée, son retour (1674) se heurta à une résistance bien plus vive de la part des Comtois.

clocher comtois symbolique

– Arcey et Faucogney

L’un au début de l’invasion française (Arcey, Doubs), l’autre à la fin de la guerre (Faucogney, Haute-Saône), ces deux villages restent des symboles de la furieuse résistance des Comtois aux troupes de Louis XIV. Et, les deux fois, les villageois périrent brûlés vifs dans l’église de leur village. Les deux communes commémorent régulièrement ces « Oradour-sur-Glane » de leur époque.

– les clochers comtois

Mais s’il reste en Franche-Comté des traces de la défiance des Comtois envers les Rois de France, ce sont bien les clochers comtois (lire notre article) : à la fin du XVIIème et tout au long du XVIIIème, les paroisses du Comté de Bourgogne, malheureuses d’être sujettes d’un Roi de France épris de gallicanisme, élevèrent au dessus de leurs églises des clochers de la forme de la couronne du Saint-Empire. Histoire de dire haut et fort : « Roi de France, tu n’es pas chez toi ici ».