Nombreux furent les rois français à vouloir s’emparer de la Franche-Comté à travers l’Histoire. Ce fut finalement le plus illustre d’entre eux, Louis XIV, qui parvint à ses fins lors d’une conquête en deux temps. « Nous avons été plus heureux que nos pères » dira le Roi Soleil après l’annexion.

Louis XIV au siège de Besançon

En 1667, la Franche-Comté, est pour ainsi dire, autonome. Bien que partie prenante du Saint-Empire Romain Germanique, et sous la suzeraineté des rois d’Espagne, qui en sont aussi les comtes palatins, la Province est dirigée, de fait par trois autorités : le Gouverneur, l’homme du Roi, le Parlement, qui siège à Dole, et les Etats, qui représentent les trois ordres (villes, clergé, noblesse).

Mais le Comté de Bourgogne peine à se remettre sur pied de la Guerre de Dix Ans, qui a mis le pays à genoux dans les années 1634-44. Les divisions y sont nombreuses et, pièce majeur de l’échiquier espagnol en Europe, la Franche-Comté apparaît comme une proie relativement facile pour le Roi de France, Louis XIV.

Il fait d’ailleurs publier par ses juristes un traité par lequel son épouse, infante d’Espagne, prétend à plusieurs territoires, dont la Franche-Comté. Le nouveau Roi d’Espagne, Charles II, est un enfant chétif qu’on dit « ensorcelé » (on pense aujourd’hui qu’il était trisomique), les relations entre l’Espagne et l’Empire ne sont pas au beau-fixe et les dirigeants comtois se perdent en erreurs stratégiques et diplomatiques. L’heure est venue pour le Roi Soleil de venger les échecs de son grand-père (Henri IV) et de son père (Louis XIII) dans leurs aventures « comtoises ».

1668 : la drôle de guerre

Du côté comtois, on s’attend, plus qu’on ne s’y prépare réellement, à la guerre. Mais c’est pourtant une surprise quand, en plein hiver, la France passe à l’offensive. Les troupes du Grand Condé, le cousin du Roi, foncent sur Besançon, coupant ainsi la Province en deux. Sur place, ils trouvent des Bisontins qui prétendent ne rien à voir avec le conflit. Officiellement, ils sont des sujets directs de l’Empereur, et non du Roi d’Espagne, et n’ont, disent-ils, rien à voir avec le conflit. Les intérêts particuliers et le conflit avec Dole ont pourtant raison de leur envie de résister : la ville se rend sans combattre au bout de quelques jours.

Fort de ce succès, Condé fonce sur Dole, où il rejoint Louis XVI qui est là, en personne, avec une bonne partie de sa cour. Les premiers jours, on croit à une résistance plus héroïque des Dolois. Le Roi en personne manque de se faire arracher un bras par un boulet comtois. Mais là encore, les Français ne mettent que quelques jours à s’emparer de la capitale franc-comtoise. Il ne reste plus qu’un obstacle à l’annexion : Gray, la place-forte qui, elle aussi, se laisse convaincre de la nécessité d’une reddition.

En 17 jours, la Franche-Comté est tombée aux mains des Français : « nous avons été plus heureux que nos pères » dit Louis XIV à son cousin le Grand Condé, référence à la résistance farouche des Comtois contre les armées de Louis XIII. Pourtant, l’occupation de la Franche-Comté n’est que de courte durée : en mai 1668, la Franche-Comté est rendue à l’Espagne, en échange de possessions en Flandres.

L’entre deux guerres

Les troupes françaises quittent donc la Franche-Comté, non sans avoir pris soin de saccager les principales défenses des villes. Des émeutes éclatent. On chasse les traîtres qui ont rendu la victoire de Louis XIV si facile. La Province est humiliée : non seulement elle est tombée presque sans se défendre mais elle n’a servi, en toutes fins, que de monnaie d’échange (en fait, si la Franche-Comté est restée espagnole, c’est sans doute grâce à la participation d’un Comtois, Lisola, aux négociations de paix).

De plus, les autorités espagnoles sont devenues méfiantes vis-à-vis des Comtois. Et, en lieu et place des administrateurs locaux de la Province, ils placent à la tête des institutions des Espagnols. Le pays est divisé. Certains nobles, emmenés par le Marquis de Listenois, se révoltent, contrés par le héros comtois Lacuzon.

Et, pendant ce temps, Louis XIV n’oublie pas ses ambitions sur la Franche-Comté : son rôle géopolitique et stratégique, ses richesses (le sel, en particulier) en font un joyau qu’il veut absolument ajouter à sa couronne. En 1673, la France est prête pour une nouvelle offensive.

La seconde conquête de Louis XIV

Prenant prétexte du non-respect de la neutralité comtoise dans les conflits incessants qui opposent France et Espagne, Louis XIV se lance à nouveau dans la conquête de la Franche-Comté. Mais les choses ne vont pas se passer aussi facilement que la première fois.

Tout commence à Arcey, dans le nord de la Province, dont les habitants ne sont pas décidés à se laisser envahir sans résister. En janvier 1674, des troupes françaises arrivent du Comté de Montbéliard. Difficile de savoir ce qui va se passer exactement dans le village (il ne reste, dit la légende, qu’une seule survivante, une femme qui accouchait à ce moment précis), toujours est-il que tous les habitants sont massacrés par les envahisseurs, le plus souvent brûlés vifs dans l’église.

La guerre va être longue, et meurtrière. Au massacre d’Arcey répondent des exactions du même acabit de la part des combattants comtois (Pont-de-Roide). Persuadé, auparavant, d’une victoire aussi facile qu’en 1668, le Roi de France trouve une résistance farouche des Francs-Comtois dans chaque village et dans chaque ville.

siège de Besançon en 1674 siège de Gray en 1674 porte saint-martin à Paris

Alors que Besançon était tombée en 1668 sans combattre, cette fois, on dresse des potences un peu partout dans les rues de la « cité impériale », en promettant la corde à quiconque évoquerait seulement la possibilité d’une reddition. A Paris, on chante des chansons demandant à Besançon de se rendre. Mais la résistance est totale.

Pourtant, l’armée française, bien plus forte, progresse, et finit par s’emparer de la totalité du pays. Sauf de la place de Faucogney, dans les Vosges saônoises, qui va résister jusqu’au bout, tombant finalement au prix d’un ultime massacre (4 juillet 1674). Mais même entièrement conquise, la Franche-Comté a encore ses résistants : les loups des bois harcèlent les troupes d’occupation, tentent d’empêcher le Roi de France de s’emparer d’une des richesses comtoises dont il a besoin pour conquérir la plaine d’Alsace : les chevaux.

Rien n’y fait : en 1678, le Traité de Nimègue entérine la conquête et l’annexion de la Franche-Comté.

La Franche-Comté française

Bien que de culture et de mœurs françaises, la Franche-Comté devient, pour la première fois de son Histoire, une province du Royaume de France. Mais les Comtois ont bien du mal à se résigner à cet état de fait. Ils pleurent leur autonomie perdue. Dans les couvents, on organise clandestinement, tout au long du XVIIème siècle, des prières pour le Roi d’Espagne. Pendant longtemps, les plus farouches opposants aux Français demandent à être enterrés face contre terre, pour ne pas regarder vers le soleil (référence au Roi Soleil).

Petit à petit, on se fait tout de même à l’appartenance à la France. Et si on navigue de Réaume (royaume, rive droite) et d’Empire (rive gauche) sur la Saône, et si on part quand même « en France » en se rendant en Bourgogne, l’idée française fait, au fil des décennies, son chemin. La Franche-Comté est devenue française par la force, elle le restera par sa propre volonté. D’autant que s’annonce la fin de la monarchie absolue, mais c’est là une autre histoire…

Crédits photos : Porte Saint-Martin – Sammyday

pour en savoir plus :

Comment les Franc-Comtois sont devenus Français, Georges Bidalot, 2011.