Première étape de nos sites incontournables de Franche-Comté, le Lion de Belfort. Une sculpture monumentale, la plus grande en pierre de toute la France, qui domine et protège la ville.

Belfort Bartholdi

Décembre 1870. L’armée française est submergée par les assauts prussiens. Pierre Philippe Denfert-Rochereau, gouverneur de la place forte de Belfort organise la résistance de la ville. Au terme d’un siège de plusieurs mois, il se résout, après une lutte héroïque et sur une décision politique, à quitter, invaincu, Belfort. Grâce à ce combat des belfortains et de leur gouverneur, Belfort restera française.

Décembre 1871. Le conseil municipal de Belfort décide de la mise en chantier d’une sculpture rendant hommage à la résistance de la ville. En 1872, le maire Édouard Meny sollicite le sculpteur alsacien Auguste Bartholdi pour réaliser l’œuvre. Ce sera un Lion, fièrement dressé au dessus de la ville, qui ne sera terminé qu’en 1879.

Une œuvre colossale

Sculpté en grès rose de Pérouse (variété de grès rouge des Vosges) et édifié selon la technique de ronde-bosse (ce n’est ni un bas, ni un haut-relief), le Lion de Belfort mesure 22 mètres de long et 11 de hauteur. La sculpture représente, selon les mots de Bartholdi, « un lion harcelé, acculé et terrible encore en sa fureur » qui « doit surtout glorifier l’énergie de la défense. Ce n’est ni une victoire ni une défaite qu’elle doit rappeler ».

Glorieux gardien de Belfort, le Lion, aujourd’hui illuminé la nuit, est visible de presque toute la ville. Il en est devenu l’emblème, d’autant plus que c’est suite à la défaite française de 1870 que Belfort va prendre réellement son essor, ancienne place militaire industrialisée pour des motifs politiques et symboliques autant que pour des raisons économiques.

– Auguste Bartholdi

Colmarien de naissance, Auguste Bartholdi a 37 ans quand il commence à réfléchir à son projet de sculpture pour Belfort. Il n’est déjà plus un inconnu. En 1856, il a déjà conçu une sculpture en bronze, installée à Colmar, rendant hommage au général Rapp. Mais c’est bien dans les années 1870-80 que le sculpteur, très influencé par « l’art pompier » (académisme), va devenir célèbre, en réalisant notamment pour les Etats-Unis et la ville de New-York une sculpture monumentale intitulée La Liberté éclairant le Monde, connue aujourd’hui sous le nom de Statue de la Liberté.

– le Lion de Belfort et la postérité

Presque immédiatement après sa construction, le Lion de Belfort va devenir célèbre. Admiré par les uns, moqué par les autres, il fait l’objet de deux répliques qui trônent l’une à Paris (place Denfert-Rochereau), l’autre à Montréal (Square Dorchester). Très vite, Belfort sera connue sous le nom de Cité du Lion.

– tourisme

Le Lion de Belfort se visite (infos ici). Juché au cœur de la citadelle de la ville, on peut l’approcher de très près (visite libre de la citadelle), meilleur moyen de se rendre compte de son gigantisme. Mais c’est de toute la vieille ville qu’on peut voir la sculpture de Bartholdi, ville où d’ailleurs on le retrouve un peu partout. Ce sont ainsi 150 lions que l’Office du Tourisme vous invite à retrouver lors d’un safari urbain.

Lion de Belfort, lion comtois ?

Si Belfort est devenue « la Cité du Lion », c’est sans doute aussi – outre la présence du lion de Bartholdi – parce, dès après la guerre de 1870, la ville a été adossée, en demeurant française, à la Franche-Comté. Sans doute aussi par sa proximité avec Montbéliard, la ville de Peugeot, la firme au Lion (la course qui relie chaque année les deux communes est d’ailleurs intitulée Semi-Marathon du Lion).

Toutefois, selon les experts de Bartholdi, ce n’est pas ce symbole qu’avait en tête le sculpteur en réalisant cette œuvre. N’empêche : le colmarien était loin d’être un ignare, et connaissait sans doute fort bien la signification très française des armoiries comtoises (voir notre article). Ce qui relativise la théorie d’une simple coïncidence. Sans compter sa proximité amicale et esthétique avec le peintre vésulien Gérôme, auteur lui aussi d’une représentation, certes moins fière, du félin (Nominor Leo, 1883, musée de Vesoul).

Mais admettons… si la sculpture de Bartholdi n’avait, a priori, aucun rapport avec l’imagerie franc-comtoise, il n’en demeure pas moins que ce Lion sévère et farouche en fait désormais, a posteriori, partie intégrante…